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Un des plus fascinants phénomènes naturels qui soient, un des plus meurtriers aussi, les volcans inspirent le respect et font trembler la terre comme les consciences. 

Dans l’esprit de beaucoup de gens, escalader leurs flancs alors même qu’ils sont en éruption, est une folie. Car nombreux sont ceux qui y ont laissé leur vie.

Pourtant, si on apprend à les connaître, certains types de volcans se laissent approcher, non pas sans prendre toutefois quelques mesures de sécurité, et nous offrent un spectacle de son et lumière extraordinaire. 

C’est à travers l’ascension d’un des plus actifs volcans de la planète que je vous invite à découvrir le Piton de la Fournaise.

 

Piton de la Fournaise.

Tous les réunionnais vous le diront, pour escalader le volcan dans le sud-est de l’île, mieux vaut se lever tôt, '' grand matin '' comme ils disent. Car le chemin pour s' y rendre est long. Il y a d’abords le trajet en voiture. La route serpente à une altitude de 2350 m dans le massif forestier du Piton de la Fournaise jusqu' au parking du Pas de Belcombe, point le plus avancer pour les véhicules. Puis une marche physique de 4h30 commence dans un décor minéral pour atteindre le sommet qui culmine à 2631 m.

Mais la distance n' est pas le seul facteur qu' il faut prendre en compte, la météorologie qui déterminera les conditions de l' ascension, n' est pas à négliger. Une randonnée de cette difficulté ne serait se faire sous la pluie à cause des risques de chutes sur les roches volcaniques coupantes comme du verre, et de l’insécurité soudaine que la surveillance du volcan rendu caduque engendrerait. Une visibilité nulle ne permettrait pas non plus de se rendre compte du splendide décor environnant, ni d’observer l’éruption au sommet.

A l’approche du volcan, le paysage change sensiblement. Les forêts de bois tropicaux font place à une végétation arbustive où les roches prennent peu à peu le dessus. L’altitude, qui se fait sentir jusque dans les oreilles par des compressions désagréables, nous offre une vue imprenable sur le sommet le plus élevé de l'île, le Piton des Neiges.

Piton des Neiges.

 

Suspendu dans les nuages, cet ancien volcan peut s’enorgueillir de sa grandiose beauté. Car on lui doit la naissance de l’île, il y a 2 millions d’années. La formation plus récente du Piton de la Fournaise (530 000 ans) porta la superficie de l’île aux dimensions que l’on connaît aujourd'hui. La Réunion n’est autre que deux massifs volcaniques surgis de la mer par un mécanisme géologique appelé point chaud. C’est à dire un volcanisme ‘’ interplaques ’’ (qui à lieu dans les plaques terrestres), et non aux frontières de celles-ci qui est un volcanisme de dorsale ou de subduction.

Avant d’arriver au terminus routier, une piste cahoteuse de terre ocre nous plonge dans un paysage extraterrestre où toute trace de végétation a disparu. Tout n’est que scories, lapilli, et cendres volcaniques. Ce haut plateau que l’on appelle la Plaine des Sables a été recouvert des projections du Piton Chisny il y a 2000 ans environ. La piste se termine par un vaste parking. Il faut ensuite continuer à pied.

La Plaine des Sables.

La Plaine des Sables.

On arrive alors sur le site du Pas de Bellecombe qui nous offre un magnifique panorama sur l'enclos où s’élève le Piton de la Fournaise. Il est là devant nos yeux, immense, occupant toute la vue. On le croirait tout proche tellement il rempli l’espace. Mais ne vous y fiez pas, à bien y regarder, les points minuscules qui se promènent dessus ne sont autres que des personnes. Ce qui détermine approximativement l’échelle de ce géant de feu. 13 kilomètres nous séparent de son sommet. En bon marcheur, il faut compter 4h30. 

Caldeira Piton de la Fournaise.

Le nom de Pas de Bellecombe nous vient de Guillaume Léonard de Bellecombe, gouverneur de l’île au 18ième siècle. Au cours de l' expédition de 1768 visant à reconnaître le volcan, le gouverneur, M. Crénom, M. Monfleury et des esclaves se retrouvèrent bloqués précisément sur ce rempart où est établi aujourd'hui le point de vue. Exténué de fatigue, et ne trouvant de chemin pour accéder à l'enclos situé 400 mètres plus bas, le gouverneur fit demi tour. M. Crémon, plus pugnace, continua et promit six pièces de toile bleue aux noirs qui trouveraient un pas dans le Rempart. Après bien des recherches, un esclave trouva un passage. Et bien que le gouverneur ne fut plus présent pour la suite de l’expédition, on lui légua son nom.

Sur cette falaise dominante, quelque peu à l'écart des projections volcaniques, la végétation a repris ses droits. Les lichens côtoient les fougères, les goyaviers se mêlent aux filaos, les bois chapelet ornent de leurs grappes fleuries le sol rocailleux, et les branles verts, sorte bruyère arborescente endémique, ajoutent leur touche de couleur. S’accrochant dans les moindres interstices, ils partent tous à l’assaut des pentes abruptes. A la manière de ce sentier tortueux qui chemine en lacet et s'accroche lui aussi tant bien que mal aux parois vertigineuses.

Le Pas de Bellecombe, Piton de la Fournaise.

Une fois dans l'enclos, le contraste est saisissant. Une mer, au noir moutonnement, nous barre la route. Alors, incertain, on se jette à l'eau. Nos pieds ne foulent plus la terre ferme, mais un amoncellement de laves refroidies. Ce type de terrain, bien spécifique, est le résultat d’un affaissement produit par une ancienne éruption. Lorsque la chambre magmatique, qui se trouvait sous le cône volcanique éruptif s’est vidée, la masse de matériaux rejetés devenue trop lourde a entraîné un effondrement faisant place à un vaste chaudron qu’on appelle caldeira.    

L'enclos Fouqué, en forme de fer à cheval, est la plus récente caldeira du Piton de la fournaise. Mais cette zone à proximité du dôme sommital, n'est que la partie haute de l'enclos. Son altitude moyenne se situe entre 2200 et 2000 mètres. L'enclos, dans sa totalité, a le profil d'un toboggan continuant vers l'est en s'épanchant jusqu'à la côte. La partie qui descend au niveau des 400 mètres d’altitude est nommée les Grandes Pentes.

Au-delà et jusqu' à la mer, c'est le Grand Brûlé. Délimité par des remparts semblables à celui du Pas de Bellecombe, ses dimensions sont importantes:13 kilomètres de long sur 9 km de large. Aussi, a-t-on balisé le chemin qui mène au sommet. Car, par temps de brumes, il serait très facile de se perdre dans cette mer de laves. Bien sûr, ce paysage lunaire n’admet pas ou peu de végétation. Seuls, quelques branles verts, au début de notre progression sur la caldeira, prennent racines dans les anfractuosités rocheuses. 

L'enclos Fouqué, Piton de la Fournaise.

Car il faut savoir, que dès que la lave s’est refroidie, un processus de colonisation végétale se met en place. Et le volcan, aussi surprenant que cela puisse paraître, n’est pas étranger à ce processus. En effet, le feu n’est pas le seul élément qu'il projette dans l’air. Des gaz chargés de sels nutritifs fertilisant tels que la chaux, le phosphore, la potasse, l'alumine, le fer, et la magnésie font aussi partie des projections. La nature est bien faite finalement, puisqu'elle a prévu d’arranger d’un côté ce que de l'autre elle détruisait.

De nombreux cratères ponctuent l'enclos Fouqué. Et la première formation que l'on rencontre en suivant la ligne blanche au sol, n’est pas la moins originale. Le Formica Léo date de 1753 et se distingue par sa couleur rouge et sa forme particulière. C’est de sa similitude avec les trous que font les insectes Formica Léo pour piéger leurs proies, qu'il tient son nom. Mais la comparaison s’arrête là car sa taille tient plus d'un îlot que d’un trou d’insecte. 

Le Formica Léo, Piton de la Fournaise.

En continuant sur le balisage, le terrain devient parfois très accidenté, avec des creux profonds et des hautes crêtes.

Pour mieux progresser dans ce chaos minéral, l'oeil cherche les passages les plus faciles. En s'habituant à cette gymnastique, il finit par donner à notre cheminement une cadence régulière. Les branles verts ont maintenant complètement disparus de la circulation. Tout n’est que matière volcanique. La base du dôme sommital est toute proche. Un autre édifice, tout aussi réputé que le Formica Léo, marque la frontière avec l'ascension finale, c'est la Chapelle Rosemond. Cette formation volcanique qui fait penser à une petite chapelle naturelle est due à l'accumulation de paquets de laves fluides le long d’une fissure éruptive.

Au-delà on s'attaque au piton central. La pente s'accentue considérablement et mieux vaut faire une pause avant de continuer.

Pentes du Piton de la Fournaise.

On dit que le Piton de la Fournaise est un volcan bouclier car ses pentes sont douces et sa forme en rappelle le dessin. Mais, si de loin cet argument apparaît comme une vérité évidente, sur place on sera plus mitigé ! Sur les pentes relativement douces donc, on pourra admirer les anciennes coulées de laves. Les laves cordées sont des laves fluides dont la surface est lisse. Peu chargées en gaz, elles s'écoulent assez rapidement sur les pentes. Une fois refroidies elles font penser à de la mousse au chocolat ou des cordes superposées. Les laves en grattons sont des laves visqueuses. Chargées de gaz, elles s’écoulent plus lentement. Et quand elles refroidissent, leur surface est très rugueuse. Mais ces dernières sont plus rares dans ce type de volcanisme. 

Coulées de lave, Piton de la Fournaise.

Peut être vous demanderez-vous, alors que nous gravissons les pentes du volcan en éruption, s’il se pourrait qu'une coulée nous atteigne ? Tout dépend du lieu précis de l'éruption. Mais c'est peu probable car ce type de volcan assez prévisible, est surveillé en permanence par l'observatoire de la Plaine des Cafres. Le chemin que les autorités locales ont ouvert à la visite, est théoriquement sûr. Et puis, de par ses caractéristiques, ce volcan reste l'un des moins dangereux de tous. De type hawaiien, ses éruptions sont effusives et non explosives. La lave fluide s’écoule calmement. C'est d'ailleurs pour cette raison que le cône central à la forme d’un dôme. Et bien qu'il y ait des projections de bombes, de lapilli, et de cendres, ainsi que de gaz surtout lorsque la lave rencontre la mer, les conséquences ne sont jamais très graves. Excepté peut être en 1977 quand des coulées engloutirent une partie du village de st Rose, ou en 1986 quand elles détruisirent quelques habitations du Tremblé. Mais là, les éruptions s’étaient produites exceptionnellement hors enclos.

A proximité du sommet, la température chute de quelques degrés. Les remparts délimitant l’enclos ne nous protègent plus du vent, et l’altitude a passé la barre des 2500 m. 

Sommet du Piton de la Fournaise.

Voilà plus de 4 heures de marche et les deux cratères sommitaux ne sont toujours pas en vue. Les gens que je croise ont le visage illuminé et discutent de façon animée. C’est plutôt bon signe. Dans les muscles, la fatigue commence à se faire sentir mais le paysage à coupé le souffle est un bon antalgique. Puis la curiosité se faisant plus forte, une question sort toute seule de la bouche:

_ C'est encore loin ?

_  Non vous y êtes, répondent des randonneurs qui redescendent. Pourtant nous marchons encore et encore! Y aurait-il des Marseillais au Piton de la Fournaise ? C’est possible !

Enfin, après d’ultimes efforts, un attroupement le long d’une corde de protection annonce l’arrivée. L'éruption est là, à quelques pas. On ne la voit pas encore mais on l’entend. Des grondements sourds nous donnent la chair de poule. A moins que ce ne soit la fraîcheur. En tout cas c’est impressionnant. Arrivée au sommet de la paroi du Dolomieu, le cratère principal, le spectacle ne déçoit pas. Une cheminée conique couleur anthracite vomie, par jets saccadés, de la lave incandescente. Notre esprit, peu habitué à ce genre de vision, est subjugué. Par mesure de sécurité, la distance qui nous sépare de l’effusion est de 600 mètres. Aussi, est il préférable d’avoir des jumelles et un zoom à son appareil photo.

Cratère Dolomieu en éruption.

Cratère Dolomieu en éruption.

Une éruption de ce type se produit généralement toujours de la même façon. Le magma sous pression remonte dans la couche terrestre provoquant des séismes volcaniques, dits trémors. Puis, il se dégaze en fontaine le long de fissures pouvant atteindre des kilomètres de long. Ensuite, il se concentre dans une ou plusieurs cheminées. Quand la lave déborde du cratère, elle s'épanche sous forme de coulées cordées ou grattons le long des pentes dans un mélange de bloc, de cendres, et de boue volcanique que l’on appelle lahar. Le plus souvent les éruptions ont lieux dans le cratère Dolomieu, ou dans le cratère voisin que l’on appelle Bory. Mais elles peuvent aussi avoir lieux en divers endroits de l’enclos. Car l’activité volcanique souterraine s'étend à toute cette zone. Comme on l’a vu plus haut, elles peuvent également avoir lieu en dehors de l'enclos, mais c’est beaucoup plus rare.

Dans tous les cas, le volcanisme reste un événement majeur dans la vie de notre planète. Mais ce phénomène encore mal connu est bien souvent et injustement identifié à la destruction et à la mort. Il faut savoir que les volcans sont aussi des bienfaiteurs quand ils fertilisent les sols de leurs sels nutritifs. Qu'ils sont des créateurs quand ils mettent au jour ces pierres, si précieuses et si convoitées dans le monde, que sont les diamants.

Et puis surtout, qu’ils sont des vecteurs de vie indispensables. On leur doit notre existence car ils sont à l’origine de la vie sur terre. Mais ça c’est une autre histoire.

 

Textes et photos : Patrice Ferry.

Tag(s) : #Piton de la Fournaise, #Ile de la Réunion

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