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A l'occasion d'un retour à l'île de la Réunion, je décide de faire une incursion dans le très sauvage cirque de Mafate, accessible uniquement à pieds ou en hélicoptère.

J'ai plaisir à retrouver cette île à qui j'ai donné quelques années de ma vie, et où j'ai rencontré la mère de mes enfants.

Après une réservation, la veille, dans un gîte de l'Ilet des Lataniers, je décide, finalement, de partir à l'aventure avec ma femme et mes enfants vers un autre îlet.

L'itinéraire que j'ai choisi passe par la canalisation des orangers. Un parcours d'une demie journée qui flirte avec le précipice et des panoramas époustouflants.

 

Pour se rendre à la canalisation des Orangers.

Il faut d'abords se rendre à Sans Souci, dans la commune de Saint Paul. Dans ce petit hameau des hauts de l'île, je prends l'initiative de prospecter les propriétés afin de laisser sous bonne garde notre voiture de location. Des véhicules de randonneurs se sont déjà faits cassés, il vaut mieux prendre ses précautions.

Je n'ai pas à chercher longtemps, la première famille à qui je demande accepte volontiers ma requête. Je ne suis pas étonné, les créoles sont d'un naturel avenant.

Nous voilà à pieds sur le petit ruban d'asphalte qui serpente sous les manguiers chargés de fruits mûrs. L'odeur aigre des mangues nous accompagne comme les tâches orange de ces délices écrasés sur le bitume.

A la sortie du lieu dit nous croisons la citerne rouge qui marque le départ de la randonnée. Nous tournons à droite sur le sentier qui monte en épingle au milieu des mimosas et tamarins des hauts.

C'est bonne heure, mais déjà le soleil cherche à mettre de la gaîté dans la végétation qui se fait, à chaque pas, plus luxuriante. Les rayons chassent les dernières brumes récalcitrantes alors que le dernier virage nous mène sur le chemin de la canalisation des orangers.

 

Un paysage époustouflant.

Dans ce décor de matin du monde nous trouvons, ma compagne et moi, le moyen de nous quereller pour des futilités. Le ton monte rapidement. Nous ressemblons, maintenant, à deux drôles de randonneurs inconscients de la chance qu'ils ont.

Soudain, à gauche, un précipice fait son apparition me coupant littéralement le souffle. Devant, la vue s'ouvre sur un décor géologique tourmenté où s'accroche la végétation tropicale. C'est absolument grandiose. finalement, le paysage a raison de ma mauvaise humeur. Devant tant de beauté naturelle j'ai, plutôt, envie de laisser parler ma joie. Ces merveilles, caractéristiques de la Réunion, me plongent dans la mélancolie et me feraient presque regretter d'avoir quitté, un jour, cette belle île pour rentrer dans mon pays, la France. J'étais arrivé à une période de ma vie où mon quotidien s'écrivait à l'encre de la déception sentimentale. Mais ça, c'est une autre histoire...

 

Un chemin de randonnée long et vertigineux.

Les enfants sont devant et avancent à bonne allure.

Robin,

Canalisation des Orangers.

suivi par Mahée.

Canalisation des Orangers.

Pour l'instant, le dénivelé est nul. Et le chemin, même s'il borde un gouffre profond, offre assez de place pour ne pas risquer de tomber. Ce qui n'empêche pas d'avoir le vertige en regardant en bas !

Canalisation des Orangers et Rivière des Galets.

Sur la paroi de droite, à mi hauteur, on peut voir le sillon de notre chemin. Plusieurs informations me viennent à l'esprit. D'abord nous sommes haut, très haut. Ensuite, je me demande comment ce sentier peut nous porter sur une paroi aussi abrupte. Enfin, il nous reste du chemin à parcourir encore !

Canalisation des Orangers et Rivière des Galets.

Au fond du précipice, la rivière des galets se fraie un chemin entre les plis de la montagne accidentée.

 

Une nature généreuse et pleine de surprise.

Nous marchons d'un pas joyeux dans ces paysages enchanteurs qui nous font perdre un peu la notion du temps. Dans ce décor de géant nous franchissons à pas de lilliputien les plis de la montagne qui se succèdent. Mon fils et moi-même prenons la pause.

Canalisation des Orangers.

Notre chemin croise, à un moment donné, une cascade qui déverse en pluie fine ses eaux rafraîchissantes. A la saison des pluie, ce passage est fermé au public à cause des risques d'éboulement.

Même si le minéral règne en maître dans ce chaos volcanique, la végétation est, néanmoins, dense et luxuriante. Mais cela n'a rien d'anormal car, on le sait, les volcans fertilisent les sols grasse à leur projections riches en minéraux, fer, magnésium, potassium, sodium, phosphore, et calcium. Oui, rien que ça !

Sur notre passage, un manguier nous tend ses branches. Mais pas de chance, les mangues sont quillées à la cime de l'arbre.

Canalisation des Orangers, nature fertile.

Je saisis des pierres et après plusieurs lancés, je réussis à en faire tomber quelques unes. Elles sont vertes, mais ne vous y trompez pas, à la Réunion on mange cette variété (mangue carotte) à ce niveau de maturité. Michelle ramasse la récolte et fait la distribution. Je n'y ai pas droit. Visiblement elle me garde rancune…

Nous continuons notre chemin et approchons de l'aile montagneuse qui, tout à l'heure, nous paraissait éloignée.

Canalisation des Orangers.

Avant d'atteindre cette arrête le sentier s'engouffre dans tunnel qui traverse un pan de montagne. C'est cet endroit que nous choisissons pour faire notre pause casse coûte. La marche ça creuse ! Et c'est à belles dents que nous croquons sur nos sandwichs.

Après avoir repris des forces, nous nous remettons en marche. Le chemin, sensiblement, amorce sa descente vers le cirque de Mafate. C'est bon signe.

 

Quelques passages difficiles.

Un passage nous donne quelques sueurs froides. A cet endroit, le chemin s'efface sous des éboulis rendus glissant par la proximité d'une source. Surtout, ne pas regarder en bas, et ne pas paniquer. Nous y allons doucement, prudemment, en nous tenant la main. Et ça passe !

Mais nous ne sommes pas tirés d'affaire pour autant car, un peu plus loin, un autre passage dangereux nous met à l'épreuve. Il s'agit d'un pont en bois rudimentaire suspendu au-dessus du précipice. La question que l'on se pose quand on voit ce monceau de bois dans le vide c'est s'il sera assez solide pour supporter notre poids. A savoir que le bois avec le temps ça pourri...

Passage difficile sur la canalisation des Orangers.

Ce qui est sûr, c'est que le paysage est sublime. C'est un grand point positif dans la négativité de l'appréhension. Alors, on prend son courage à deux mains, ou plutôt à deux pieds, devrais-je dire, et on se lance. Non, pas dans le vide ! On traverse prudemment ce fragile ponton sans s'éterniser non plus.

Ca y est, nous sommes de l'autre côté, et toujours envie !

Canalisation des Orangers, précipice.

Un petit coup d'œil en arrière nous apprend que nous avons parcouru beaucoup de chemin.

Le chemin de la canalisation des Orangers.

Et ce n'est pas fini ! Car il faut près de 6 heures pour descendre dans le cirque de Mafate. Bien sûr, ce délais varie en fonction du rythme de marche.

 

Vue sur Mafate.

Et puis soudain, ce que nous venons chercher, le graal de notre randonnée, apparaît dans le lointain.

Vue de Mafate

Au pieds des contreforts gigantesques, dans le relief accidenté, les premiers îlets de Mafate se dessinent.

Ilet de Cayenne, et îlet des Orangers.

On distingue à gauche, Cayenne. Et à droite, sur notre côté, l'îlet des Orangers.

Ilet de Cayenne, et îlet des Orangers.

Une tâche rouge à l'îlet Cayenne attire mon attention.

Ilet de Cayenne.

Mais c'est sur l'îlet des Orangers que nous allons passer la nuit, si toutefois il y a encore de la place dans les gîtes…

A des altitudes différentes, d'autres îlets parsèment ce cirque aux découpes géologiques époustouflantes. La Nouvelle, Aurère, Grand-place, Cayenne, la Plaine Aux Sables, Ilet à Bourse, Ilet à Malheur, Marla, Roche Plate, et l'Ilet des Orangers qui sont accessibles par différents chemins.

Si ces confettis de civilisation sont aussi retranchés, c'est parce qu'ils sont nés de la fuite des esclaves marrons au temps de la colonisation. C'est, d'ailleurs, un de leur chef qui a donné son nom au cirque.

 

Descente dans le cirque de Mafate.

Le sentier s'épanche, maintenant, vers ce monde perdu qui me subjugue. Dans une île développée comme la Réunion, je me demande comment peut on trouver un lieux aussi isolé et reculé que celui-ci. La réponse se trouve dans son relief qui n'autorise aucun accès en voiture. Les seuls moyens de transport possibles sont les pieds ou l'hélicoptère. Et si ce relief est aussi tourmenté, c'est parce qu'il est né de l'effondrement du plus vieux volcan de l'île, le Piton des Neiges. On peut noter au passage que c'est bien à ce dernier que l'île de la Réunion doit la vie.

Les sens en émoi, et l'excitation à fleur de peau, j'avance vers ce monde à part où quelques hameaux se sont enfouis dans les entrailles du temps. En ligne de mire nous avons l'îlet des Orangers, notre destination finale, qui se blotti dans la végétation, aux pieds de pitons acérés.

Ilet des Orangers.

Au détour d'un virage, je prends la pause devant une paroi vertigineuse qui plonge dans les profondeurs de la terre.

Cirque de Mafate.

Le relief n'en finit pas de faire le spectacle !

Cirque de Mafate, relief accidenté.

Cayenne est, maintenant, bien visible. Et la tâche rouge qui soulevait ma curiosité s'avère être des flamboyants. Cet arbre aux ramifications florales pourpres est particulièrement esthétique.

Ilet de Cayenne, Réunion.

Nous laissons Cayenne sur la gauche et continuons notre chemin vers L'îlet des Orangers.

Je regarde ma fille qui paraît bien petite dans ce décor gigantesque. Mais qui, avec sa beauté métissée, est à la hauteur de ce paysage merveilleux.

Cirque de Mafate.

Un coup d'œil sur ma montre m'indique que nous approchons de notre Ilet. Je suis surpris et fier que mes enfants aient pu marcher aussi longtemps sans même sourciller.

 

Arrivée à l'îlet des Oranger.

Le sentier s'ouvre, maintenant, sur une vallée fertile. La nature belle et généreuse est un enchantement. Ce coin paisible semble ne pas avoir changé depuis des lustres. Nous enjambons un petit ruisseau alors qu'autour de nous les oiseaux s'en donnent à cœur joie. Dans l'air flotte l'odeur exquise du café grillé au feu de bois. De charmantes cases en tôle ondulées émergent de la végétation. Dans les champs, des femmes créoles coiffées de leur chapeau de paille bêchent la terre, le dos courbé. Alors que ce monde oublié nous livre cette scène immuable de la Réunion lontan, mon cœur se rempli de bonheur. Cette marche est plus qu'un trek dans les montagnes réunionnaises, c'est un voyage dans le temps qui mène à l'île de la Réunion lontan. Le temps où la nature sur l'île était encore intacte et où les créoles sortis de l'esclavage commençaient à s'émanciper dans la nouvelle ère de la modernité.

Oui, le petit monde perdu de Mafate n'est autre qu'un monceau du passé de la Réunion que le relief inaccessible garde jalousement.

Au-dessus de nous apparaît un petit plateau où semble se concentrer les habitations de l'îlet. Allez, encore un ultime effort et nous pourrons nous reposer devant un rafraîchissement.

Ilet des Orangers. Mafate.

Nous gravissons les dernières marches, et au bout une récompense nous attend. Des fruits de la passions mûrs à souhait régalent nos papilles en nous apportant les glucides dont nous avons besoin.

Ilet des Orangers. Mafate.

Nous trouvons facilement la boutique des Orangers dont le style est, bien évidemment, traditionnel.

Boutique, îlet des Orangers.

Glaces et boissons nous apportent, après l'effort, le réconfort.

Boutique, îlet des Orangers.

Boutique, îlet des Orangers.

Puis, après ce petit repos bien mérité, nous décidons de visiter l'îlet. Dans un grand champ trônent les principaux établissements publics. La chapelle aux volets bleu turquoise, et l'école primaire, toute petite.

Ilet des Orangers, établissements public.

Nous découvrons, également, la présence d'une autre boutique, toujours traditionnelle.

Boutique, îlet des Orangers.

Mais il est temps de trouver un endroit pour passer la nuit. Il y a un risque que les chambres d'hôtes de l'îlet affichent complet. Mais je me dit que dans ce cas je trouverais bien une famille qui accepte d'héberger pour la nuit un couple et leurs enfants.

Mais je n'aurais pas à appliquer cette mesure de dernière minute puisque nous trouvons de la place au gîte Chez Christelle.

Plongées dans la végétation tropicale, les cases en tôles ondulées ne sont pas dénuées de charme. Ne cherchez pas le luxe, il n'y en a pas. C'est une immersion dans le monde authentique de la Réunion lontan, pas un séjour dans la suite d'un hôtel 4 étoiles. Ce qui, à mon sens, n'a aucun intérêt.

 Ilet des Orangers, gîte Chez Christelle.

La salle de bain se trouve dans une petite case à part.

 Ilet des Orangers, gîte Chez Christelle.

Et juste à côté, se trouve une grande terrasse pour prendre les repas.Après un trek de 6 heures, je trouve mes enfants plutôt en forme !

 Ilet des Orangers, gîte Chez Christelle.

Quand à nous deux, le charme de Mafate a eu raison de nos petites tensions. Sur un baiser nous nous réconcilions.

 Ilet des Orangers, gîte Chez Christelle.

Le soir venu, nous mangeons, finalement, à l'intérieur à cause de la fraîcheur qui est tombée. Sous la tôle ondulée et ses tintements caractéristiques, dans une salle à manger où quelques affiches touristiques ornent les mûrs, la maîtresse de maison nous sert un rougail saucisse gros piment. Ce classique des délisses de la gastronomie réunionnaise est le feu d'artifice de cette belle journée.

Après le dîner nous allons nous coucher. Les enfants se glissent dans le lit superposé de leur chambre.

Et nous, au bout du couloir regagnons notre lit deux places. Sur cette page nuptiale, j'écrirai mon ressenti sur la Réunion...

 

Textes : Patrice Ferry.

Photos : Patrice, Robin, Mahée.

Tag(s) : #Cirque de Mafate, #Ile de la Réunion

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